Une vie de famille - Victoria Hoppe

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Une vie de famille

Une vie de famille - Victoria Hoppe

Je n’avais jamais su dire si j’avais eu de la chance d’être enfant unique ou pas. C’était la question que je me posais, à chaque fois que je revenais de chez mes cousins. Autant à la maison régnait un calme monacal, autant chez mes oncles, il fallait crier pour s’entendre penser. Ma mère avait toujours décidé de n’avoir qu’un seul enfant. Elle me disait avoir tellement souffert de ses frères et sœurs, et surtout de tellement de manque, qu’elle ne voulait pas que cela se reproduise une seule fois à cause d’elle. C’était tout le contraire de son frère qui n’aurait jamais pu envisager avoir une vie sans avoir beaucoup d’enfants. Il m’invitait même souvent pour partager quelques moments avec les siens. Je me rappelle avoir passé, soit des vacances, où un rien devenait problématique. La file d’attente, le matin, devant la porte des toilettes, le dernier levé qui n’aura jamais assez pour déjeuner, le tube de dentifrice qui se vide en deux jours, les bagarres à table pour avoir le meilleur morceau et les disputes et les colères pour tout ce qui concerne les corvées. Il est vrai qu’il y avait de l’ambiance, malgré cela, la seule chance que j’avais, était de pouvoir les quitter lorsque je n’en pouvais plus.

Un jour de fête, ils venaient chez nous. Ils avaient envahi notre maison comme ils envahissaient la leur. Comme ils étaient chez leur tante, ils faisaient comme chez eux. Il y avait cependant mon oncle qui intervenait à chaque fois que démarrait une bagarre. Il avait été obligé d’intervenir cette fois-ci auprès de mes deux cousines qui avaient trouvé la crème contre les taches solaires de ma mère. Elles tenaient le tube toutes les deux tellement fort, qu’il se vida d’un coup. Lorsque ma mère assista à cette scène, elle ne paraissait pas du tout étonnée. En douce, elle me dit à l’oreille : Tu vois ce que tu y as gagné d’être enfant unique ! Il est vrai que cela pouvait paraître beaucoup plus simple. Mais il est vrai aussi, qu’à chaque fois que ma mère a besoin d’un coup de main, elle n’hésite jamais à faire appel à ses frères. Je n’ai encore jamais vu un seul d’entre eux refuser de lui porter aide et assistance. On pourrait croire que cela est cher payé, cependant, rien ne dit que l’on est mieux qu’eux. Est-ce que j’aurai beaucoup d’enfants un jour ? Je ne sais pas ! J’hésite !